Cette semaine, Jean-Léon a franchi toute une étape, et doublement : il est allé à la garderie sans faire de chichis et il y est allé alors que son éducatrice et interprète, Malika, était en vacances. Depuis le début, Malika, qui est d'origine algérienne, traduit pour Jean-Léon les consignes, lui fait répéter les mots en anglais et en français, est son intermédiaire auprès des autres éducateurs et enfants de la garderie.
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Malika, une vraie perle d'éducatrice qui a pris Jean-Léon sous son aile. |
Depuis novembre, comme vous le savez, Jean-Léon va deux jours par semaine au pre-school. Jean-Fred et moi avons pris la décision de l'envoyer à la garderie située dans la cour de notre immeuble (la Mansion Nursery) malgré les frais exorbitants que cela représentait pour nous. Deux jours de garderie nous coûtaient alors environ 300 pounds par mois. Depuis janvier, soit depuis le trimestre suivant le 3e anniversaire de l'enfant, le gouvernement subventionne la moitié des heures que passe Jean-Léon à la garderie, ce qui revient, par mois, à peu près à ce que nous payions à Montréal pour envoyer Jean-Léon à la garderie...à plein temps!
La première fois que je suis entrée au pre-school, j'y ai surtout remarqué les différences avec notre garderie chérie du Mile End : un seul local pour quatre groupes d'enfants, un désordre apparent, une odeur bien caractéristique (ça sent la moulée!). Mais rapidement, j'ai apprécié son côté instinctif, sa façon de favoriser l'initiative des enfants et leur autonomie : les portes sont souvent ouvertes sur la petite cour, bien garnie en jouets de toutes sortes (tricycles, billots de bois, casseroles pour faire de la musique, etc.) et bordée de plantes et d'arbres entretenus par les enfants, de manière à encourager les enfants à aller jouer dehors si ça leur dit ; les tables aménagées autour de différents thèmes ; la rotation des jouets ; la présence d'un ordinateur et d'un écran où défilent des photos des enfants ; les activités de cuisine (les enfants préparent de la soupe, des crêpes, et même des saucisses!) ; mais surtout la façon dont ils sont encouragés à participer à tout, sans y être obligés. Tu as envie de lire un livre, tout seul, dans le coin lecture? Et bien vas-y mon grand! Côté repas, c'est le paradis pour Jean-Léon : les jours de garderie sont des jours à 5 repas. Il déjeune à la maison, re-mange lors du petit déjeuner à la garderie (céréales, gruau, rôties au menu), prend le lunch le midi et se goinfre ensuite à l'heure du thé, où l'on sert plus qu'une simple collation : sandwichs, soupe, crudités et dessert. On a d'ailleurs dû décaler un peu l'heure de notre souper ces soirs-là pour que Jean-Léon soit en appétit.
Si nous avons offert ce luxe à notre garçonnet, c'est principalement pour qu'il puisse apprendre l'anglais et qu'il puisse aussi retrouver une vie à lui, avec des amis et des éducateurs lui apportant autre chose que ce que lui apporte la vie de famille. Mais je vous assure que jusqu'à tout récemment, c'était davantage un combat de chaque semaine de l'y envoyer. Il fallait le motiver, lui promettre surprise après surprise, endurer des crises et des larmes, faire la cheeleader à pom-poms chaque matin de pre-school. Un matin, Jean-Fred m'a même téléphoné après l'avoir déposé à la garderie : Jean-Léon faisait une méga-crise pour ne pas y aller. Jean-Fred était tout à l'envers, il ne savait plus quoi faire. Il me dit : "Qu'est-ce qu'on fait?" J'ai dit : "On le laisse là! On ne peut pas le remonter à la maison à chaque fois qu'il pleure...Il faut s'en tenir à notre décision!" Et je lui ai rappelé l'anecdote du papa chinois que m'avait raconté mon amie Maude : un papa chinois emmène son enfant au cours de natation. La monitrice lui dit que son fils pleure, qu'il ne veut pas aller dans la piscine. Il lui dit que justement, c'est pour ça qu'il l'emmène au cours de natation. Et il lance son fils dans la piscine. C'est ce que nous avons donc fait chaque semaine : lancer notre fils dans la piscine en s'assurant qu'il y avait quelqu'un pour l'attraper.
Ainsi, nous avons tenu bon et depuis quelques semaines, nos efforts semblent porter fruit : Jean-Léon joue beaucoup avec les autres enfants, il participe à toutes les activités, comprend toutes les consignes en anglais, utilise les formules de politesse en anglais, revient chaque semaine avec de nouveaux mots. Je ne peux imaginer ce que ce serait s'il y était allé 5 jours par semaine. Et tout ça nous rend tellement fiers.
C'est aussi la première fois que j'ai cette impression que Jean-Léon a vraiment une vie en dehors de nous, de notre petite cellule familiale. Ce qu'il apprend, il ne nous le doit pas à nous mais à lui seul et à l'environnement que lui offre la garderie. L'anglais devient pour lui aussi la langue du monde extérieur. Je ne cesse de m'extasier devant ses progrès, devant sa compréhension lorsqu'il écoute la télé en anglais sur l'ordinateur, devant sa façon de nous dire maintenant "Finished!" quand il a fini de manger à table. Avec l'accent british en plus.
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La fête de Noël, dans la cour : Jean-Léon avec le maracas qu'il avait fabriqué pour l'occasion |
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Avec Ilyan, qui est dans le groupe des plus jeunes, à la même garderie. |
Quand je vais chercher Jean-Léon à la garderie ces jours-ci, il ne veut pas rentrer à la maison. Il continue de s'affairer dans le coin peinture ou de jouer avec les bateaux dans le bac à eau. Il me montre ce qu'il a fait dans la journée, me parle des repas, va faire un dernier petit tour dans la cour avec les amis avant de partir. Il salue les éducateurs d'un "See you next time!" bien sonore et tous les amis lui disent "Bye bye!". Ça va tellement bien que nous avons décidé qu'il irait une journée de plus à la garderie, le mercredi. Mais ne lui dites pas, il ne le sait pas encore. Je suis prête à ressortir mes pom-poms...