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mardi 13 décembre 2011

De la pertinence (comme l'écrirait Montaigne)

Je peux compter sur les doigts d'une seule main les fois où Jean-Léon est allé au centre commercial dans sa première année de vie. J'étais un peu maniaque, obsédée par ce que j'appelais la "pertinence" comme d'autres ont la phobie des germes. Je ne trouvais rien de pertinent pour mon fils à aller passer du temps au centre d'achats. Et je ne parle pas ici des achats de première nécessité mais plutôt du magasinage comme loisir. Car voyant le nombre de poussettes qui sillonnaient les allées du Centre Rockland, je ne pouvais faire autrement que de me demander ce qui n'allait pas pour moi. Ou plutôt, loin de moi l'idée d'exercer un jugement sur les habitudes de mes congénères (ou si peu!), je me suis mise à réfléchir à ce qui me convenait à moi et à mon bébé.

Pendant ce premier congé de maternité, je suis spontanément aller vers des activités qui m'apparaissaient pertinentes pour mon fils, en premier lieu, puis pour moi. J'en suis venue, naturellement, à développer une théorie de "la pertinence pour bébé". Rien de bien compliqué ou de rigide. Juste une approche intuitive de ce qui pouvait plaire à mon bébé, de ce qui pouvait le stimuler, lui offrir l'occasion de se développer, si petit soit-il, bref une tendance à rechercher ce qui pouvait nourrir ma relation à lui. Pour ce faire, j'ai entre autres suivi les précieux conseils de mes amies qui étaient passées par là (Maude, en particulier, dont j'ai endossé plusieurs des "musts").

Ainsi, avec Jean-Léon, j'ai fait de la mise en forme avec bébé (En forme avec bébé, il faut voir la vidéo pour m'apercevoir avec Jean-Léon, en pleine action!), dans une salle lumineuse en plein coeur du parc Lafontaine, où bébé pouvait gazouiller les quatre fers en l'air sur un tapis, se dandiner sur de la musique, explorer les jeux dans le miroir avec ses petits amis du même âge et, bien sûr, servir d'haltères pour maman. Dans la même veine d'activités, j'ai fréquenté mon studio de yoga pour y faire le yoga post-natal avec bébé : mouvements pour maman et bébé ("chien ascendant" avec l'aide de maman, évidemment!), échanges avec d'autres mamans, ambiance chaleureuse et respectueuse, plusieurs respirations profondes et une bonne dose d'inspiration de la part de notre "yogi" en chef, Marie-Hélène de Soham yoga. On s'y est même fait de bonnes amies, Sorine et Salomé.

Finalement, j'ai suivi des cours de massage pour bébé, où la discussion et l'écoute étaient aussi au rendez-vous de ces séances où il m'arrivait de ne pas pouvoir pratiquer le massage parce que Jean-Léon dormait toute l'heure. Mais ce n'était pas grave, je repartais avec de nouvelles notions de massage, de nouvelles idées sur plein de sujets (alimentation, sommeil, stimulation, etc.) qui étaient aussi au programme de ces cours données avec brio par Bianca d'Alternative Naissance. Ces quelques fois, la pertinence était pour moi, plus que pour Jean-Léon! À cela s'ajoute les cours de natation pour bébés, à partir de 6 mois, qui ont été délégués à Jean-Fred la plupart du temps car ils avaient lieu la fin de semaine (très pertinent pour tout le monde, aussi, que papa fasse une activité avec bébé!).

Jean-Léon (endormi) avec sa classe de massage :
Bianca (la prof), Yves-Russell, son ami Clovis et Jasmine. (Février 2009)
Les mamans du cours de massage avec leurs bébés.
À ma gauche, mon amie Myriam et son beau Clovis.
Avec Aurèle, les circonstances sont bien différentes mais je continue mon exploration de la pertinence. Dès mon arrivée ici, j'ai participé à une rencontre dans un café de Summertown, avec des mamans d'Oxford que j'avais connues par le biais d'un forum, alors que j'étais encore à Montréal. J'étais alors enceinte d'Aurèle et Jean-Fred était avec Jean-Léon, ce qui m'a permis de passer quelques heures à jaser autour d'une eau minérale et d'un sandwich. J'ai rapidement compris que je ne pourrais pas refaire ça de sitôt. Premièrement, parce que j'allais désormais avoir Jean-Léon avec moi tout le temps et que passer des heures dans un café avec un enfant de 3 ans relève du tour de force (du moins avec le mien!), ensuite parce que je ne trouvais pas ça assez pertinent pour mon bébé, évidemment!

Je me suis donc inscrite à une activité de massage et yoga avec bébé, qui se donne au deuxième étage d'une formidable librairie de Summertown (Barefoot Books), où on trouve aussi un café et une maison d'éditions. Le cours a lieu dans une magnifique salle toute colorée et pleine de lumière, de quoi stimuler à fond mon petit Aurèle! J'y ferai en janvier des cours de yoga postnatal avec bébé.

Dans le même esprit, j'ai découvert un nouveau "play group" qui a lieu les mardis et mercredis, dans une église de Summertown (St-Andrew's). Le groupe de jeu occupe l'église (oui, oui!) et le hall d'entrée, de même que plusieurs petites salles. Il y a des aires de jeu et des salles aménagées par groupe d'âge, tant pour Jean-Léon que pour Aurèle qui pourra très bientôt profiter des tapis de jeu et des jouets mis à sa disposition. Finalement, on y fait aussi une séance musicale avec des comptines, des instruments de musique à la disposition des enfants, des chants de circonstances (Noël, par exemple), le tout bien animé par une bénévole très sympathique. Il y a aussi un goûter (biscuits, thé et jus) et on nous remet un "sticker" pour inscrire notre nom, ce qui évite de toujours demander le nom de chaque personne à qui on s'adresse. Bref, tout ça est fort bien organisé, sans aucune mention de Jésus de surcroît, ce qui est encore mieux en ce qui me concerne.

Tellement plus "pertinent" que de faire le centre de table
pour la séance de photos de maman! (Aurèle, 2 mois et demie)
Notre horaire de la semaine se décline donc de cette façon :
Lundi : cours de massage + yoga avec Aurèle ; Jean-Léon est au "pre-school"
Mardi : rien de spécial mais possibilité d'aller au "play group" de St-Andrew's avec Aurèle ; Jean-Léon est au "pre-school"
Mercredi : "play group" de St-Andrew's avec Jean-Léon et Aurèle
Jeudi : "play group" de Cutteslowe avec Jean-Léon et Aurèle, où on peut manger en plus pour 2 pounds.
Vendredi : repos! (parfois bibliothèque, parc ou tout autre envie du moment)

Pertinence, vous dites? Plus souvent qu'autrement, oui. Et le défi est que chacun y trouve son compte, le petit et le grand autant que la maman.

En somme, les "critères" qui se dégagent de mon "approche" et qui seront un jour brevetés sous le titre de "baby guru" (en anglais, pour plus de crédibilité $$$) : 

- un environnement stimulant pour bébé autant que pour maman
- une activité qui nous permet d'interagir, mon bébé et moi (donc idéalement, bébé n'est pas déposé dans un coin)
- une occasion de se faire des amis, pour maman et bébé
- la possibilité de bouger librement pour bébé
- la possibilité d'échanger avec d'autres mamans
- une situation d'apprentissage ou de mise en forme pour maman
- une source d'inspiration et de réflexion pour maman (en ce moment, c'est ce qui fait le plus défaut ici, à Oxford...) 

Et vous, les mamans, des "théories", des "critères", des principes de "baby guru" à partager ?

mardi 1 novembre 2011

Rentrer dans ses jeans

Toute fille qui a accouché attend ce moment avec impatience : le jour où elle pourra à nouveau rentrer dans ses jeans d'AVANT la grossesse. Hé bien, ce jour est venu pour moi, dimanche dernier, sans que j'ai fait quoi que ce soit pour y arriver, croyez-moi, ni exercice (désolée Gwyneth), ni régime (on s'entend que le sucre est le plaisir coupable de tous les parents de jeunes enfants, après huit heures le soir).

Pour tout dire, rentrer dans ses jeans, c'est un cap vers le retour à soi-même, une étape symbolique qui prend dans mon cas un sens bien particulier. En même temps que je découvre que je rentre dans mes jeans d'avant, ma mère nous quitte pour rentrer à Longueuil. Je dois donc faire face à notre nouvelle réalité. Nous sommes maintenant "on our own", Jean-Fred et moi. Il faudra assurer, retrouver une routine maintenant que la transition est faite, grâce à l'aide précieuse de maman.

Après la panique, l'angoisse qu'a fait naître en moi le départ de maman, je me suis efforcée de respirer et de faire le point sur ce qui s'annonçait pour moi, pour nous : trouver comment devenir maman de deux enfants, ici, en Angleterre. Je ne suis pas certaine que le défi aurait été si différent à Montréal, si ce n'est que pour la proximité de la famille et des amies, si précieuse il va sans dire. J'ai l'impression tout d'un coup de débuter pour vrai mon congé de maternité, alors qu'Aurèle a déjà un mois. 



Je me suis donc mise à jongler avec plusieurs idées, m'assoyant à la table avec mon ordinateur, mon calendrier, un horaire de la semaine. C'est ma façon de réfléchir, de trouver des solutions à tous mes problèmes, petits et grands : quand me laver les cheveux ? Quand donner le bain à Aurèle ? Quoi faire comme activité avec Jean-Léon, dont le besoin en ce moment est bel et bien de socialiser et aussi d'apprendre les rudiments de l'anglais pour pouvoir communiquer, ce qui est très important pour lui ? Comment concilier tâches domestiques et vie de famille ? Où rencontrer d'autres mamans, des partenaires de jeu pour Jean-Léon et éventuellement pour Aurèle ? 

Ma façon de me retrouver et de réfléchir.

Mais surtout, comment arriver à faire tout ça alors que Jean-Fred est pris dans un horaire très serré à l'université ? Pour vous donner une idée, Jean-Fred travaille environ 50 heures par semaine sur ses cours, ce qui inclut la présence aux cours (un ou deux cours par jour, du lundi au vendredi), les lectures à faire et la préparation. Il est chaque jour à l'université de 9h à 18h, et jusqu'à 19h les mercredi et vendredi pour assister à des cours. Il doit aussi bien sûr travailler la fin de semaine. Et il a son club de vélo le samedi, activité saine et indispensable autant physiquement que mentalement.

Alors, mes pistes de solution, le fruit de ma réflexion...
Je me suis d'abord donné la permission de ne pas devenir une parfaite ménagère ni une maman parfaite (à mes anciens étudiants : notez le chiasme de construction). Et aussi, la permission de ne pas aimer rester à la maison tout le temps, la permission de m'ennuyer, de trouver le temps long et pourquoi pas aussi celle de rêver de retourner travailler.

Puis, je me suis souvenu de mon premier congé de maternité, le temps pris avant de trouver un équilibre, le temps aussi avant de retrouver la forme physique et mentale et la vitesse de croisière qui a fini par s'installer. J'ai tout à coup eu confiance que, comme mes jeans dans lesquels je rentre à nouveau sans avoir fait quoi que ce soit pour que ça arrive, j'allais trouver une façon, avec mes trois complices, de retrouver l'équilibre et d'y trouver mon compte. De profiter de l'instant, de vivre le moment présent avec les enfants (grands prêtres de l'instant présent s'il en est!) grâce à une organisation bien présente mais souple à la fois. J'ai confiance.

En ce qui concerne Jean-Léon, un grand changement se passe dans sa vie. Nous avons miraculeusement obtenu pour lui une place à la garderie qui se trouve dans la cour de notre immeuble. Il ira deux jours par semaine (lundi et mardi), pourra socialiser, jouer, apprendre l'anglais, vivre sa vie de garçon de 3 ans. Il commence cette semaine et nous sommes bien heureux pour lui. Je promets de vous en reparler davantage dans quelques semaines. J'ai confiance que ça aussi, ça nous aidera et ça sera pour le mieux.

"Es-tu prêt, papa? Es-tu prêt ? Parce que moi, je suis prêt!", répétait Jean-Léon.
Faire sa rentrée à la garderie le jour de l'Halloween, c'est pas mal excitant!